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Systèmes alimentaires : un Sommet « multi-acteurs » qui marginalise les vrais acteurs

Systèmes alimentaires • 15 juillet 2021

À l’automne 2021, les Etats du monde entier se réuniront à l’occasion d’un Sommet sur les systèmes alimentaires. Cette initiative du Secrétaire général des Nations unies (ONU) doit a priori être félicitée, car on sait aujourd’hui qu’il est urgent et indispensable de repenser nos systèmes alimentaires. [1] Mais de nombreuses organisations représentant les sociétés civiles s’inquiètent néanmoins de la tournure que prend l’agencement du Sommet.

Les impacts de nos activités agroindustrielles sur la santé, la croissance des inégalités, le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources naturelles et la pollution de notre environnement ne sont plus à démonter. 9% de la population mondiale est toujours sous-alimentée et le nombre de personnes obèses ou mal nourries ne cesse de croître. Depuis de nombreuses années, la communauté scientifique et les sociétés civiles alertent sur ces impacts néfastes de nos modes de productions alimentaires, mais sans parvenir à obtenir des engagements suffisants de la part des Etats.

Qui est à la manœuvre ?

Ainsi, le Sommet de l’ONU peut apparaitre comme une réelle volonté d’entamer une transition de nos systèmes alimentaires. Il témoigne du moins d’une volonté d’y réfléchir, puisque l’objectif est théoriquement « d’adopter de nouvelles mesures, solutions et stratégies audacieuses pour progresser vers la réalisation de l’ensemble des 17 objectifs de développement durable (ODD), qui dépendent chacun de systèmes alimentaires plus sains, plus viables et plus équitables. »[2]

Cependant, malgré cet objectif ambitieux et positif annoncé, les sociétés civiles s’inquiètent. Elles dénoncent notamment la nomination de l’Envoyée spéciale pour le Sommet, Agnès Kalibata, qui est également présidente de l’AGRA (l’Alliance pour une révolution verte en Afrique) soutenant le développement de l’agriculture intensive, l’utilisation de d’engrais de synthèse et la digitalisation de l’agriculture en Afrique. Une telle vision de l’agriculture ne prône pas une transition de nos modèles de production mais au contraire une intensification du modèle agroindustriel dominant.

La mise en place du Sommet s’est également faite sans la collaboration du Comité pour la Sécurité alimentaire mondiale, un organe des Nations unies créé en 1974 qui rassemble Etats, sociétés civiles, organisations paysannes et acteurs du secteur privé autour de la thématique des systèmes alimentaires. Alors que le Forum économique mondial, moins expérimenté dans les questions relatives à l’alimentation a été associé à la préparation du Sommet dès son début.

D’autre part, les invitations pour la participation des sociétés civiles au Sommet n’ont pas été faites de manière transparente et indépendante et n’assurent pas une représentation des groupes les plus concernés par la thématique, à savoir les populations paysannes et les consommateurs marginalisés. Il s’agit là d’une volonté d’écarter du Sommet les acteurs aspirant à une réelle transformation profonde de nos modèles agricoles et systèmes alimentaires.

Le tout à l’économie

Ce Sommet est pourtant censé être organisé sur une approche diversifiée, impulsée par le Forum économique mondial, qui vise à rassembler tous les acteurs concernés par la thématique discutée. C’est l’approche multi-acteurs (multistakeholder approach) promue par la FEM pour permettre aux entreprises de participer. Le poids de chaque acteur autour de la table n’est cependant pas pris en compte. « cette méthode est donc largement critiquable car elle participe à reproduire les rapports de force existants, sous couvert d’inclusion de tous les acteurs. »[3] Plutôt que de favoriser une participation indépendante des sociétés civiles et des groupes concernés cette approche favorise la participation des acteurs économiques. En outre, la responsabilité des entreprises multinationales dans la crise environnementale ou dans la croissance des inégalités n’est pas prise en compte.

Partout, les acteurs des sociétés civiles, académiques et rapporteurs des Nations unies pour le droit à l’alimentation dénoncent l’orientation prise par le Sommet. De nombreuses recommandations ont été émises par les sociétés civiles pour faire de ce sommet une réelle occasion de repenser nos systèmes alimentaires et d’éviter que les intérêts privés dominent les discussions, à savoir : placer l’agroécologie au cœur des discussions et penser la transformation des systèmes alimentaires sur ces principes, donner une place centrale au Comité pour la Sécurité alimentaire dans l’organisation du Sommet, avoir comme objectif d’assurer le droit à l’alimentation pour tous et des conditions de vies dignes pour les agriculteurs et agricultrices et mettre en place une gouvernance internationale légitime permettant de suivre ces engagements. Mais ces recommandations sont restées lettre morte.

Boycott en vue

C’est dans ce contexte que l’ONU tiendra fin juillet à Rome un pré-Sommet qui a pour but de préparer celui de l’automne. Mais de nombreuses organisations représentatives des sociétés civiles ont déjà décidé de boycotter l’initiative de l’ONU, estimant que les multinationales ont la mainmise. Elles ont annoncé qu’elles tiendront leur propre pré-sommet alternatif, en parallèle de celui de l’ONU, avec comme objectif de placer la voix des paysannes et paysans au cœur des discussions.

Rédaction : Eloïse De Keyser, chargée de plaidoyer

[1] https://www.coalitioncontrelafaim.be/publications/transformation-des-systemes-alimentaires-le-sommet-des-nations-unies-unfss-changera-t-il-la-donne/

[2] https://www.un.org/fr/food-systems-summit/vision-principles

[3] https://www.coalitioncontrelafaim.be/publications/transformation-des-systemes-alimentaires-le-sommet-des-nations-unies-unfss-changera-t-il-la-donne/

Article réalisé par :

Défis Sud

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