Vertueuses, les multinationales ? Le business de l’aide au développement

SOS Faim analyse un documentaire d’Arte

C’est un film qui commence avec un exemple déconcertant : au Kenya, une société prétend combattre la  faim avec la vente de pizzas et de tartes à la crème surgelées…    L’inclusion d’une logique commerciale dans la lutte contre la faim est-elle moins bénéfique pour les populations locales que pour le secteur privé ?

Plus de 800 millions de personnes dans le monde vivent dans l’extrême pauvreté et ne mangent pas à leur faim. En septembre 2015, 193 Etats membres des Nations unies signent les Objectifs du Développement Durable avec pour objectif premier d’éradiquer la pauvreté d’ici 2030 . Dans cette mission, les gouvernements comptent de plus en plus sur le secteur privé, via des partenariats publics-privés. Mais est-ce possible de concilier les objectifs de rentabilité économique des entreprises avec des objectifs de développement ?

Le documentaire d’Arte intitulé Vertueuses, les multinationales ? revient sur les enjeux de l’inclusion du secteur privé et pose la question des alternatives comme moyen de lutter contre la pauvreté et la faim dans le monde.

Une inclusion bénéfique ?

L’enquête menée par l’équipe d’Arte sur différents projets de développement, avec des partenariats publics-privés, démontre que l’inclusion du secteur privé bénéficie plus aux grandes entreprises qu’aux populations locales. Conflits sociaux, expropriations des paysans(-nes) de leurs terres ou encore promesses non tenues (emplois, infrastructures…) sont autant de conséquences néfastes pour les populations. Les entreprises, quant à elles, bénéficient de financements publics pour mettre en œuvre leurs projets, et via ceux-ci, se créent de nouveaux marchés. Sans oublier la logique commerciale tournée sur l’extérieur promue au détriment de l’économie locale.

L’exemple d’Olam en Tanzanie

Le secteur agricole est touché de plein fouet par la présence accrue du secteur privé. En 2012, les pays du G7 et l’Union Européenne créent la Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN). Elle vise à lutter contre la faim et la pauvreté en Afrique. Pour cela, elle promeut l’investissement du secteur privé dans l’agriculture. La NASAN regroupe des grandes entreprises privées telles que Olam, une des plus grandes entreprises agro-alimentaires de la planète. Arte a investigué, en Tanzanie, sur Olam qui possède une grande plantation de café sur des terres acquises, selon les producteurs locaux, au détriment des petits(-es) agriculteurs(-ices). Ce projet est très controversé. En Tanzanie, il n’existe pas de cadastre pour les terres, il a donc été facile pour l’entreprise de les acquérir. De nombreux(-euses) producteurs(-ices) s’engagent comme travailleurs(-euses) saisonniers(-ères) dans la plantation d’Olam. Mais ce travail ne leur rapporte pas suffisamment pour pouvoir nourrir leur famille. Dans la région où est présente Olam, la pauvreté de nombreuses familles s’est dont accrue.

Une autre approche à favoriser

Et si l’approche à adopter était de partir des petits(-es) producteurs(-ices) eux(-elles)-mêmes ? Le regroupement de producteurs(-ices) en coopératives est une alternative présentée dans le documentaire. C’est aussi l’approche choisie par SOS Faim qui accompagne et soutient le développement de coopératives. En se regroupant, les producteurs(-ices) disposent de plus de poids dans les négociations, bénéficient des services et des infrastructures de la coopérative, et surtout se réapproprient un pouvoir de décision. L’autonomie permet aux agriculteurs(-ices) de produire selon leurs propres choix et besoins.